• Récit n°661. Moyen-Âge. Jugement.

    Larkin ne réussit par à dormir ce jour là. Il se retournait nerveusement dans son lit. Il entendit des portes claquer, sans doute les servantes qui allaient et venaient. Des rideaux lourds et épais empêchaient la lumière de pénétrer à l'intérieur de la pièce. Les pupilles dilatées, la faim le prit. L'hiver, la nuit tombait vite. Alors lorsqu' à 17heures le glas de l'Eglise tonitrua pour annoncer la mort de la malheureuse exécutée, il sortit de sa couche et alla dans la grande salle, salle qui servait à donner des bals, des banquets, à recevoir ou à régler des différents entre paysans. Il avait fait savoir au prêtre du village par le biais d'un de ses hommes qu'il souhaitait l'entretenir à la nuit tombée.
    Victor Petrescu était là, encadré de deux gardes, et se tenait devant le siège imposant du Maître des lieux. Sa robe de bure trainait au sol et la grosse croix d'or qui pendait à son coup fit grimacer Larkin. Par soucis de religion ou de mauvais goût, ça il ne le savait pas. Le maître s'assit, et regarda le petit moine au crâne dégarnit. Il tenait entre ses mains une Bible, à la couverture de cuir qu'il caressait machinalement. L'endroit où passait régulièrement son pouce était décoloré et légèrement creusé. 
    -Qu'avez-vous dans vos mains, mon Père ? demanda Grey
    -Une Bible, Monseigneur.
    -Et à quoi vous sert-elle ?
    -Elle est mon guide, Sir. Ma lumière et ma joie. La parole du Seigneur peut ainsi me suivre et je prêche ses enseignements du mieux que je le peux, comme vous le savez. 
    -Non, je ne sais rien Père Petrescu. Je n'ai pas cette vanité de prétendre tout connaître. Et je n'ai pas la folie de tuer des êtres humains au nom de notre Sainte Mère l'Eglise ! 
    -Comment Sir? Mais je ne vois pas de quoi vous voulez parler …
    -Comment vous ne voyez pas ? Sa voix était à présent dangereusement basse et douce. Larkin le toisait d'un regard dur et froid tandis que son corps tout entier réclamait de la nourriture. Sa main trembla une fraction de seconde, son sang en réclamant un autre pour perpétuer la vie de cette enveloppe mortelle. Ses mâchoires devinrent douloureuses, sa respiration s'accéléra quelque peu.
    -Cela me semble pourtant terriblement simple, mon Père. Vous prenez pour prétexte ce que vous avez entre les mains -ce qui, entre nous, n'est pas très orthodoxe- pour tuer sans merci. Savez vous ce que cette femme avait fait ? Non, ne répondez pas. Elle a eu le malheur de croiser votre chemin. Une indemnité sera versée à sa famille. Peut-être souhaitez-vous que je vous accorde la même forme de procès que celle que vous avez offert à la jeune femme ? C'est à dire aucune. 
    -Mon... Monseigneur... je vous en prie ! Cela n'a rien à voir. Je suis un fidèle de Dieu ! 
    -A force de prononcer ce Nom dans toutes vos suppliques, vos indignations et vos accusations, il n'a plus aucun sens mon Père. 
    D'un signe agacé de la main, Grey fit signe aux gardes de se saisir du prêtre. Les deux hommes trainèrent le perturbateur hors de la grande salle, l'emmenant lui et ses protestations -qui se tarissaient peu à peu- dans les étages inférieurs de la seigneurie.

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